Trésors de la langue française au Québec

Ce matin, via le blog Montréal à moi.com,
j’ai découvert un texte de l’humoriste Stéphane Laporte sur CyberPresse.ca.
L’article est tellement criant de vérité que je ne résiste pas, à mon tour, à le recopier ici :

Deux clientes entrent dans une boutique du centre-ville de Montréal.

La première s’extasie devant un chandail : Wow !
Son amie la rejoint : Cool !

La vendeuse intervient :
Can I help you ?
Yes, I want…

Son amie l’interrompt :
– Qu’est-ce que tu fais là ? On est au Québec, icitte ! Fais-toé servir dans ta langue !
– T’as raison, man ! Do you speak French ?
No, sorry!
– Ah ben ça, c’est l’boutte ! Bill 101¹, ring a bell ? ‘stie ! Je veux être servie dans ma bouche !
– Dans ta langue, Manon !
– C’est vrai, on n’est pas au restaurant ! Dans ma langue ! In my tongue !

La vendeuse hausse les épaules :
I don’t understand !
– Ben c’est ça, le problème, avec vous autres, vous ne nous comprenez pas ! Mais on est la majorité. C’est un manque de respect pour notre gang ! Savez-vous c’est quoi le respect, madame ? R-E-S-P-E-C-T ! Même Aretha Franklin est capable de l’épeler en français !
– Avec un accent, par exemple…
– Ça, c’est pas grave, au moins elle se force. Forcez-vous ! C’est tout ce qu’on vous demande, de vous forcer un peu. Vous connaissez sûrement quelques mots en français : déjà-vu, soufflé, oh la la, voulez-vous coucher avec moi ?
Sorry !
Sorry, sorry, on est tannés que vous soyez sorry. Vous, vous pensez que c’est niaiseux, mais si on ne se fait pas respecter, on va disparaître ! Moi, j’veux maigrir mais j’veux pas disparaître ! Capitche ?
I don’t understand !
– Manon, passe-moi ton phone, j’appelle les nouvelles !
– Attends ! Avant, je veux voir la boss. Miss, je veux voir la boss ! I want to see the bump !
I don’t understand…
– Ah ben là, shit, ça va faire ! J’me force pour parler sa langue pis a m’understande pas encore ! On sacre notre camp d’icitte ! Vous aurez pas notre cash ! C’est fini ce temps-là ! On n’est plus des bouffons, on est le Cirque du Soleil, astheure !

Les deux copines sortent du magasin, fières d’elles.

Deux vitrines plus loin, elles voient le même chandail, elles s’empressent d’entrer.
Le vendeur les accueille :
Hello !
– Bonjour, do you speak French ?
Yes, I speak French !
– Boonnn ! Enfin quelqu’un qui parle français ! Je veux le top midnight blue dans le small.
– OK.

Le vendeur va chercher le chandail bleu nuit, taille petite, et le met dans une boîte.
Puis il pitonne sur la caisse enregistreuse.

Manon est ravie, et se retourne vers son amie :
– Non, mais c’est-tu le fun de se faire servir en français ?
– Mets-en, ma chum !

Elle donne 50 $ au vendeur.

L’amie est prête à s’en aller :
– Qu’est-ce qu’on fait tonight ? On va-tu voir Across the Universe ou P.S. I Love You ?
– Relaxe ! J’attends mon change.

Le vendeur lui remet sa monnaie.
– Merci ! Pis félicitations pour votre français !

Elles sortent du magasin.
– Moi, un anglais qui se force à parler notre langue, ça m’émotionne tellement, un peu plus je l’aurais frenché !
Calm down Manon, take it easy !

Pendant ce temps, le patron de la boutique vient voir son employé et lui dit qu’il ne savait pas qu’il parlait français.
L’employé lui répond : « You don’t have to speak French to understand the Québécois, you just have to pretend to do so. »

Un top midnight blue dans le small, c’est pas difficile à comprendre, même pour un Anglais de Westmount².
Un submarine avec des chicken wings non plus.

Le vendeur n’a fait qu’appliquer à ses clientes la méthode Harper³ : avoir l’air de satisfaire les Québécois, tout en ne changeant absolument rien.
Bravo pour votre belle nation !

De toute façon, dans le français des Québécois, il y a au moins 51 % d’anglais, ce n’est qu’une question de temps avant que les anglophones unilingues nous comprennent à 100 %.

Source : CyberPresse.ca


¹ : La loi 101 est la charte de la langue française qui définit les droits linguistiques de tous les citoyens du Québec et fait du français, la langue de la majorité, la seule langue officielle de l’État québécois. C’est grâce à cette loi que la langue française réussi à survivre sur le continent.
² : Westmount est un quartier de Montréal associé à la bourgeoisie anglophone.
³ : Stephen Harper est le premier ministre du Canada.

Et pour le vocabulaire qui vous manquerais,
je vous renvoie à mon dictionnaire franco-québécois! ;-)

Plus sérieusement, je vous invite à visiter le site Trésor de la langue française au Québec.

Vous y découvrirez de nombreuses informations sur l’histoire du français québécois et sur son usage actuel.

Le site a certes des allures assez pompeuses et la navigation n’y est pas vraiment intuitive mais on peut tomber sur des textes assez intéressants qui vous permettront de mieux comprendre l’Histoire de nos cousins outre-Atlantique.

14 Commentaires

  • 12 années ago

    Ah ça, ce que ça m’énerve quand ils disent qu’en France on utilise plein de mots anglais alors qu’eux non!! :grrr:

  • 12 années ago

    Ah oui je l’ai lu hier, on en revient toujours au même problème: on nous accuse d’utiliser des anglicismes alors que bon hein… pas besoin de chercher loin pour savoir qu’on n’est pas les pires!

  • 12 années ago

    Enfin là c’est plus un problème de nationalisme mal placé que d’anglicisme… autant pour l’auteur que pour les personnages de son histoire.

  • 12 années ago

    Bah moi j’ai juste bien ri en lisant ton billet!! J’suis une grande fan des têtes à claque déjà pis m’font rire ces canadiens!

  • 12 années ago

    Moi aussi j’ai bien ri!
    c’est tellement vrai, nous on a peut etre des anglicismes, ms les quebequois utilisent tt le tps des mots anglais.
    Pendant ma formation c’etait l’horreur "ok guyz, on est parti, on fait un raptup et on est go!" :clap: Des fois j’etais larguée!

  • 12 années ago

    Ca me rassure de voir que je suis pas la seule à penser que c’est bien dommage qu’ils se disent "purs de tout anglais" alors qu’en fait, leurs expressions sont tout autant bourrés d’anglicisme que les "franco-françaises"…
    Du coup, je crois que ça devient de vrais "trésors de la langue française", comme tu le dis si bien dans ton titre ;)

  • 12 années ago

    Marlène » Ah ça!
    On a beau leur pointer du doigts les ptits mots qu’ils utilisent quotidiennement, ils te ressortiront toujours les mots « Parking », « Stop », « WC », « Chewing-gum », « t-shirt », « pull »… bref les termes anglais que nous nous avons gardé tels quels et que eux ont pris soin de traduire!

    Delph » D’un côté comme de l’autre on en utilise des anglicismes c’est sûr. Maintenant ici ils se battent qd mm pour la survie du français dans le pays.. c’est là qu’il y a une ptite incohérence.

    Mox Folder » Oui exactement.
    Dans l’idée, ils se battent pour préserver leur langue mais sans forcément s’en rendre compte ils participent eux aussi à sa disparition.
    Mais c’est clairement une vision de nationaliste c’est sûr parce que d’un autre côté l’utilisation de mots anglais est tout à fait logique pour un canadien!

    dyns » C’était aussi le but. ;)
    Quand on est loin de ces problématiques de loi 101 ou de Québec libre, c’est assez amusant de voir ce genre de dialogue en effet.

    Alice Powers » J’avoue j’ai eu bp de mal au début moi aussi!
    Le soucis c’est qu’il m’arrive de sortir un mot anglais sans trouver l’équivalent en français.. j’espère ne pas me transformer en JC Van Damme en rentrant! :tong:

    JS » De vrais trésors oui et puis c’est aussi ce qui fait la particularité de la langue québécoise ;)

  • 12 années ago

    On plaisante mais c’est bien ce qui arrive quand on habite à l’étranger. En rentrant de Madrid, je parlais lefranespagnol et ici je me rends compte que je fais pas mal de fautes quand j’écris vite et yes my dear, j’adore dire hello, c’est cool d’être à NYc pour le shopping le weekend!!!!

  • 12 années ago

    Et encore ! En belgique les deux cultures demandent le divorce ! C’est petit, petit, petit …

  • 12 années ago

    Super sympa l’article!! Ah, ces mots anglais qui viennent s’incruster dans nos conversations! O-)

  • 12 années ago

    Un article: Français: Québec dissimule les statistiques ici: http://www.cyberpresse.ca/article/20080124/CPACTUALITES/80123292/5050/CPPRESSE

  • 12 années ago

    Anne » Faut juste que ça ne soit pas pris pour du JeMeLaPèteJ’AiVécuÀL’ÉtrangerMOI! ..
    And stop boast of NY please! :tong:

    julie mercredi » J’en ai entendu parlé jusqu’ici oui.
    Je ne connais pas trop le « dossier » mais j’espère qu’ils arriveront à trouver un terrain d’entente!

    Alerte à Liège » Merci et bienvenue sur mon Blog! :)

    Delph » Merci!
    Bon semblerait que les 55 000 immigrants y soit pour qqchose vu que la majorité ne parle pas le français chez eux.. sûr que ça va encore provoquer de nombreux débats!

  • 12 années ago

    J’ai tenté de me le lire avec l’accent que je m’imagine, c’est ballot, je me suis fait rire toute seule.
    :noel:

    bon, c’est vrai que j’ai du le lire deux fois.

  • Qu’est ce que j’ai ri. :yeah:

    A une époque, lorsque je travaillais dans une société où la langue de travail était l’anglais, je parlais un peu comme ça, moitié français, moitié anglais. Qu’est ce que je pouvais énerver ma famille et mes amis avec ça.

  • 12 années ago

    Dom » Bienvenue :)
    Si tu veux entendre l’accent, le vrai, je te conseille de parcourir les billets de la catégorie « Accent pure laine », pis tu nous diras si tu avais le bon! ;)
    En tout cas moi perso je n’ai jamais su l’imiter!

    Angie – Les Chroniques d’Angélique » Je suis loin du moitié-moitié mais de temps en temps cela m’arrive de ressortir des expressions québécoises, anglophone ou non d’ailleurs!
    Jverrais bien si ça dérange à mon retour! ;)

  • Jimmy
    11 années ago

    Il faudrait spécifier que cette histoire était un peu une parodie. Des anglicismes placés plus qu’à l’habitude. De plus, Montréal est surement la pire ville québécoise où l’on utilise autant d’anglicismes. Par exemple, au Lac-St-Jean, jamais on entend quelqu’un dire des « chicken wings », on dit plutôt des ailes piquantes ou des ailes de poulet. Et au contraire, ici, on essaie d’utiliser des anglicismes le moins souvent possible. Beaucoup moins qu’on peut le penser en lisant cet article si on ne vit pas tous les jours au Québec. Le langage québécois contient de plus de dérivations que d’anglicismes. Une bonne référence, c’est le lexique québécois sur Wikipédia FR: http://fr.wikipedia.org/wiki/Lexique_du_fran%C3%A7ais_qu%C3%A9b%C3%A9cois

    Bonne fin de semaine.

    Jimmy.

  • 11 années ago

    C’est bien rigolo les differences n’empeche LOL

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